Le grand crash, c’était pour 2010
Téléphonie — By ekinoxe on octobre 6, 2009 at 17 h 09 minIl y a eu le bug de l’an 2000, ou beaucoup de bruit pour rien. Quelques années après, ce fut le crash généralisé du réseau des réseaux qui était prévu pour 2010, comme l’annonçait Jim Cicconi, vice président de l’opérateur de télécoms américain AT&T. À quelques mois de l’année fatidique, faut-il craindre pour Internet ?
Les premiers symptômes sont déjà là !
Le géant de l’Internet Google connaît déjà quelques problèmes, comme en témoignent les quelques crashs qu’il a connus, le 14 mai 2009 par exemple. Les deux problèmes de la messagerie Gmail en septembre (1er et 25 septembre), ne sont pas là pour rassurer. Les exemples sont nombreux, si l’on décide de chercher tous les problèmes connus par un géant du net à un moment ou à un autre. Mais d’autres chiffres inquiètent, ou devraient en tout cas inquiéter. Ainsi, parmi les quelques 1 milliards d’ordinateurs connectés, 1 sur 5 serait infecté par un virus. Si certains de ces virus ne sont pas bien méchants, d’autres permettent d’utiliser les machines pour participer au pollupostage, le fameux spam. En effet, certaines machines sont utilisées pour effectuer des envois massifs de courriers non-désirés ou pour effectuer des attaques de déni de service. Celles-ci, en effectuant des connexions en masse sur un serveur, le surchargent, permettant de bloquer certains services, à des fins politiques, monétaires… La sécurité sur Internet semble bien précaire, laissant présager du pire à mesure que les pirates affineront leur techniques et qu’ils pourront charger encore le réseau, du moins si l’on en croit les prédictions du pire.
Et pourtant…
Un rapide coup d’œil en arrière permet de relativiser tous ces problèmes, et par la même occasion de renvoyer ces craintes au rang des annonces catastrophistes, à peine dignes de figurer parmi les hoax qui circulent dans les chaînes de mails soit-disant bien renseignés. Le fameux crash prévu pour le passage à l’an 2000 nous semble aujourd’hui bien ridicule, et il l’était. Au début de la diffusion du haut-débit, l’arrivée de plateformes de vidéo, de musique en ligne et autres contenus générés par les utilisateurs, certains oiseaux de mauvais augure annonçaient déjà que les tuyaux du web ne suivraient pas. Où en est-on aujourd’hui ? Le cloud computing, qui tire pleinement partie du réseau, relance vaguement le débat, mais là encore, la critique s’appuie sur une vue bien figée du réseau.
En effet, même si les changements ne sont pas toujours visibles pour les internautes lambda, ils sont bien effectifs. Les serveurs sont plus puissants qu’ils ne l’étaient il y a quelques années, et bien moins qu’ils ne le seront bientôt. Les machines elles-mêmes sont de plus en plus sûres, et les internautes sont de plus en plus avertis des dangers, mûrissant avec Internet, qui, finalement, est encore bien jeune. Même si l’on ne peut pas espérer une totale sécurité et absence de virus, l’utilisation d’Internet n’est pas encore soumise à la loi de la jungle, quoi qu’en disent certains mauvais esprits.
À qui profite l’annonce ?
En regardant de qui émane cette annonce catastrophe, et les solutions proposées, on se rend vite compte que ce n’est pas forcément l’envie de sauver le web qui domine. Le patron de l’AT & T jouait peut-être les oiseaux de mauvais augure pour justifier que d’après lui Internet « n’est pas plus magique ou immatériel que la voirie et le système autoroutier. Internet n’est pas tombé du ciel, ce n’est pas un phénomène naturel… c’est un projet qui ne vit que parce que des entreprises privées, des investisseurs privés décident de mettre de l’argent ». Il s’agissait donc d’annoncer de probables taxations, des péages. Jim Cicconi prêchait donc pour sa paroisse, voilà tout.
Mais pourquoi, alors, ce message a-t-il été repris en chœur ? Parce qu’il est toujours bon d’annoncer le pire. C’est un vieux réflexe de survie, hérités de nos ancêtres vivant en pleine nature. Les plus estimés ont longtemps été ceux qui savaient où se trouvaient le danger et le risque de mort et qui étaient capables de partager ce qu’ils savaient. Ils étaient utiles au groupe en permettant sa survie et y gagnaient alors une place de choix. Annoncer le pire aujourd’hui n’est qu’une réminiscence de ce réflexe. En prétendant qu’on voit là où se trouve le danger dans la multitude d’informations nous parvenant, on a l’air de savoir, et on sait surtout qu’on gagnera de l’écoute. C’est le même principe qui explique le glissement de la presse vers le scoop permanent, vers le sensationnel. On joue sur l’émotion plutôt que l’information, pour agir et toucher au plus profond de l’être, à la partie irrationnelle de chacun. Quel meilleur moyen d’attirer des internautes si disposés à éparpiller leur attention ?
Alors quoi, au final ?
Alors rien. Le crash d’internet n’a été qu’un effet d’annonce, repris par des blogs en mal de visite, rien de plus. Le réseau s’adapte, et même s’il n’est pas le paradis de la sécurité, ce n’est pas non plus un monde dangereux uniquement peuplé de tueurs et de voleurs. Avec un minimum de prudence on peut s’y promener sans crainte. Il arrive que certains gros noms connaissent des problèmes, mais pour une personne ou une entreprise prévoyante et sérieuse, des solutions de rechange doivent être prévues, car on ne met pas tous ses œufs dans le même panier, ou alors il ne faut pas accuser Internet de sa négligence.
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